Race locale · Poitou

La chèvre Poitevine

Sa robe brun sombre au ventre clair lui vaut son surnom de « cape de Maure ». La Poitevine est la chèvre historique du Poitou, celle dont le lait a fait naître le Chabichou du Poitou. Balayée par la fièvre aphteuse des années 1920 puis par l’intensification laitière, quasi disparue vers 1970, elle est aujourd’hui relancée : quelques milliers de chèvres, dociles et fromagères, élevées surtout en ferme. Fiche complète et conseils.


Carte d’identité de la chèvre Poitevine

La chèvre Poitevine en chiffres
Taille au garrot65 à 75 cm (chèvre) ; 75 à 85 cm (bouc)
Poids50 à 65 kg (chèvre) ; 65 à 80 kg (bouc)
RobePoil mi-long brun sombre « cape de Maure », ventre, membres et raies du chanfrein clairs
Production laitière400 à 550 L par lactation ; lait riche en taux, excellente aptitude fromagère
TempéramentCalme, docile, familière — la plus « facile » des races françaises
EffectifsQuelques milliers de têtes — race à petits effectifs en relance

Origine et histoire

Au XIXe siècle, la Poitevine est « la vache du pauvre » des campagnes entre Poitiers, Niort et Melle : presque chaque ferme en tient deux ou trois, et leur lait alimente les premières laiteries coopératives caprines de France. C’est ce lait qui façonne les fromages du Poitou, Chabichou en tête. La catastrophe survient au début des années 1920 : une épizootie de fièvre aphteuse décime les troupeaux. Pour repeupler vite, la région importe massivement des Alpines et des Saanen, plus productives — et la Poitevine ne s’en remettra pas.

Vers 1970, il ne reste que quelques centaines d’animaux dispersés. À la fin des années 1980, éleveurs et techniciens créent une association de sauvegarde, recensent les dernières lignées et relancent la sélection. La race compte aujourd’hui quelques milliers de chèvres, essentiellement chez des fromagers fermiers qui valorisent son lait riche en caillé — la logique inverse de la course au volume, expliquée dans le panorama des races de chèvres.


Pour qui est faite la Poitevine ?

Élevage professionnel

Elle vise le circuit court : 400 à 550 litres par lactation, c’est moitié moins qu’une Alpine, mais un lait plus concentré qui donne un meilleur rendement fromager au litre. Un atelier fermier de 40 à 60 Poitevines avec transformation intégrale et vente directe constitue son modèle type ; l’image « race locale » se valorise très bien sur les marchés.

Élevage familial

Sans doute le meilleur choix parmi les races de grand format : docile, peu fugueuse, attachée à l’homme, elle se laisse traire à la main sans histoire. Deux Poitevines donnent de quoi faire son fromage maison toute la belle saison.

Compagnie

Son calme la rend agréable au quotidien — toujours à deux au minimum, comme l’explique notre guide de la chèvre — et l’adopter contribue directement à la sauvegarde d’une race menacée. Si le gabarit reste trop important pour votre terrain, rabattez-vous sur la chèvre naine.


Les besoins spécifiques de la Poitevine

Race de bocage et non de montagne, la Poitevine apprécie les prairies et les haies : foin à volonté, 2 à 3 kg de matière sèche par jour, complément modéré en lactation — les rations sont détaillées dans que mange une chèvre ?. Son poil mi-long la protège du froid mais retient l’humidité : l’abri sec, bien paillé et ventilé, n’est pas négociable dans son Poitou natal pluvieux. Attention enfin à la consanguinité : la population étant petite, choisissez des reproducteurs inscrits via l’association de la race. Clôtures, budget, déclaration à l’EDE et registre d’élevage : tous les prérequis sont dans élever des chèvres chez soi.

Le réflexe race locale : avant d’acheter une Poitevine, demandez son numéro d’inscription au livre généalogique et la lignée de son père. Sur une population de quelques milliers d’animaux, deux reproducteurs apparentés se croisent vite — l’association de sauvegarde vous orientera vers un bouc compatible.

Goûtez son héritage

Le Chabichou du Poitou et les 7 autres AOP : l’histoire des fromages que les chèvres françaises ont fait naître.

Guide des fromages

Questions fréquentes sur la chèvre Poitevine

Pourquoi parle-t-on de robe « cape de Maure » ?

Parce que le poil mi-long brun très sombre, presque noir, couvre le dos et les flancs de la Poitevine comme une cape, tandis que le ventre, l’intérieur des membres et deux raies sur le chanfrein restent clairs. Ce contraste caractéristique est le standard de la race.

Le Chabichou du Poitou est-il fait avec du lait de Poitevine ?

Historiquement oui : la Poitevine était la chèvre du Poitou et son lait a façonné le Chabichou. Aujourd’hui, le cahier des charges de l’AOP n’impose pas la race, et la plupart du lait vient d’Alpines et de Saanen ; quelques fromagers fermiers font toutefois revivre le duo d’origine.

Combien reste-t-il de chèvres Poitevines ?

Quelques milliers de chèvres, contre moins d’un millier au creux des années 1970-1980. La race reste classée à petits effectifs, comme la chèvre du Rove ; sa relance est portée depuis la fin des années 1980 par une association de sauvegarde et un réseau d’élevages majoritairement fermiers.